D'après'' Jean-Jacques Régibier Lundi, 6 Juin, 2016 Humanite.fr''

Les représentants du gouvernement français qui votaient aujourd’hui à Bruxelles pour décider ou non du renouvellement de l’autorisation du glyphosate, se sont abstenus. Un retournement complet par rapport à la position soutenue jusqu’alors par Ségolène Royal. Les associations spécialisées dans la lutte contre les pesticides avaient donc raison de se méfier. Il y a un mois, sollicitée par l’ONG « Générations futures » pour savoir ce que voterait la France, la Ministre de l’Environnement Ségolène Royal avait clairement répondu : « je confirme que la France s’opposera le 18 mai au Glyphosate, substance cancérigène. » C’est effectivement la position qui avait été tenue, mais en réalité, la décision n’avait pas été prise ce jour là comme prévu, le comité technique chargé de statuer pour la Commission européenne ayant constaté que la majorité qualifiée pour faire basculer la décision ne serait pas atteinte. En dehors de la France, plusieurs pays, comme la Suède et l’Italie, avaient également fait savoir qu’ils voteraient eux aussi contre le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché du glyphostae, tandis que les Pays-Bas se prononçaient pour un report de la décision. Le marathon du glyphosate au sein des instances techniques de la Commission européenne se poursuit donc, puisqu’on en est aujourd’hui au 3ème report. Initialement, le vote devait intervenir le 8 mars.



Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la France n’est plus opposée à l’interdiction du glyphosate puisque ses représentants se sont simplement abstenus. « Générations futures » avait déjà fait remarquer en mai que la position de la France n’était « pas très claire », la ministre de l’environnement affirmant vouloir s’opposer au renouvellement de l’autorisation, tandis que, toujours selon l’ONG, Manuel Valls « serait pour voter la réhomologation avec certaines conditions. » Le vote d’aujourd’hui semble confirmer ces soupçons.



Le temps presse car l’autorisation actuelle se termine à la fin du mois et la Commission a prévenu que si aucune décision n’était prise d’ici là, le glyphosate ne serait plus autorisé dans l’Union européenne, ce qui veut dire que tous les états membres devraient retirer du marché les produits qui en contiennent.



Suspecté par l’OMS d’être cancérigène pour l’homme ( il a été classé « cancérogène probable pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer, le CIRC ), le glyphosate est l’herbicide le plus vendu dans le monde, mais sa dangerosité est contestée par une autre étude de l’Autorité européenne de sécurité des aliments ( EFSA ) dont les résultats n’ont cependant pas été rendus publics. Devant l’incapacité de la Commission européenne à décider du renouvellement ou non pour plusieurs années de l’autorisation de ce pesticide, il avait été décidé que le vote d’aujourd’hui porterait seulement sur une période de 12 à 18 mois afin de permettre aux experts d’affiner leurs études. Mais même pour cette simple prolongation de l’autorisation en cours, la majorité qualifiée n’a pas pu être atteinte. Un nouveau vote devrait se dérouler le 20 juin.



On est donc reparti pour un nouvel épisode du feuilleton du glyphosate, ce qui en dit long sur les pressions qui peuvent être exercées par les lobbies industriels sur la Commission européenne, et aussi sur les tensions au sein même des gouvernements, comme le montre aujourd’hui le volte-face de la France.