Polluants chimiques : les chercheurs s'inquiètent de leur utilisation massive

'' Par figaro Thomas Delozier - le 13/07/2016 ''

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Une coalition de chercheurs nord-américains a signé une grande tribune pour sensibiliser le public aux effets potentiellement toxiques des polluants chimiques sur les enfants.

Il est impossible aujourd'hui de passer une journée sans être confronté à des polluants chimiques. Ces molécules organiques allant des pesticides à certains métaux comme l'aluminium, en passant par les perturbateurs endocriniens, se retrouvent en abondance dans notre environnement. Elles servent à rendre ininflammables les meubles, faire briller les fruits, accroître l'effet des cosmétiques… Une présence systématique qui inquiète les auteurs d'une tribune publiée début juillet dans Environmental Health Perspective: «90% des femmes enceintes américaines portent 62 polluants chimiques dans leur organisme dont seulement une infime minorité a été testé pour leur effet neurotoxique chez l'enfant».

Les 48 chercheurs et professionnels de santé nord-américains ayant signé cette mise en garde ne laissent que peu de place au doute: «Nous pensons que les polluants chimiques augmentent les risques d'être touché par les troubles du spectre autistique, de l'hyperactivité et les difficultés d'apprentissage». Aux Etats-Unis, le nombre d'enfants concernés par ces troubles a augmenté de 17% en une décennie. «En éliminant ces polluants de leur environnement, cette prévalence devrait diminuer», assurent les chercheurs.

Les recherches épidémiologiques étayant leur argumentation tout au long de la tribune ne manquent pas. Parmi elles, une étude datant de 2014 montre que l'exposition pendant la grossesse à des composés organophosphorés, présents par exemple dans le Roundup de Monsanto ou l'insecticide Malathion, augmente de 60% les risques d'autismes chez l'enfant. D'autres études dévoilent que le plomb, le mercure ou encore les retardateurs de flammes utilisés sur les canapés rendent les bébés plus vulnérables aux troubles du comportement.

Des études limitées

Comment ces produits se retrouvent-ils sur le marché? Pour les signataires, le coupable est le système d'évaluation des produits chimiques qu'ils qualifient «de complètement obsolète». Aujourd'hui, ce sont les recherches en toxicologie, chez l'animal, qui décident du sort légal d'une molécule. Les résultats obtenus grâce à des processus expérimentaux très stricts définissent si la molécule est toxique pour l'homme et à quelle dose. «L'état de santé de la personne par exemple n'est pas pris en compte. Ainsi, on ne sait pas si une femme enceinte va être plus sensible à tel ou tel polluant. Son enfant encore moins», regrette Barbara Demeneix, directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), qui soutient l'initiative nord-américaine. «Du coup, on laisse passer des molécules potentiellement dangereuses», continue-t-elle.

Pour pallier ces lacunes, les auteurs évoquent les études épidémiologiques. Le principe est de comparer les populations exposées à un agent suspect aux populations non exposées. «Malheureusement, ces études sont peu considérées, explique Remy Slama, directeur de recherche à l'INSERM. Les études toxicologiques sont préférées car elles donnent des certitudes que l'épidémiologie ne donne pas. L'épidémiologie indique seulement qu'un produit pourrait être toxique. Pendant longtemps, ce doute empêchait d'agir. Peu à peu, grâce à des agences indépendantes comme l'ANSES en France ou l'OMS dans le monde, les Etats se rendent compte que l'absence de certitude ne doit pas être une raison pour rester passif».

Selon le chercheur, ce sont les lobbyistes travaillant pour les grands groupes utilisant ces polluants chimiques qui ralentissent les discussions et les interdictions. «Ils jouissent d'une grande proximité avec les politiques. Ce n'est pas le cas des scientifiques pour qui les postes sont menacés à la Commission Européenne. Avec un tel fonctionnement, les décisions sanitaires sont remplacées par des décisions économiques».

155 milliards d'euros

Au-delà des conséquences sanitaires, les auteurs de la tribune dénoncent les dépenses entrainées par cette utilisation massive et non contrôlée de polluants: «Pour un foyer, élever un enfant victime d'un trouble du développement coûte deux fois plus cher qu'élever un enfant non atteint. Pour la société, avec 1 dollar investi dans la réduction des taux de plomb par exemple, entre 17 et 221 dollars sont économisés», expliquent les auteurs.

Une situation identique en Europe. Selon une étude parue en 2015 dans le The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, également citée par les auteurs, «chaque année, dans l'union européennes, les dépenses sanitaires liées aux composés organophosphoré et aux retardateurs de flamme sont estimées à 155 milliards d'euros».